MICHEL ZLOTOWSKI, UNE PASSION POUR LES AVANT-GARDES

Par Tori Le Pape |

Disparu le 31 octobre 2026 à l’âge de 86 ans, Michel Zlotowski laisse derrière lui une galerie devenue une adresse incontournable de l’art moderne. Collectionneur devenu galeriste, il aura consacré près de trente ans à défendre les cubistes et les avant-gardes abstraites, avec exigence et fidélité à ses convictions.

Il avait commencé sa carrière loin des cimaises et des salles d’exposition. Avant de devenir l’un des galeristes reconnus de la rue de Seine, à Paris, Michel Zlotowski travaillait dans l’entreprise familiale de maille, Limitex, fondée par son père, Berek Zlotowski, en 1966. Dans les années 1970, la société connaît le succès avec ses pulls féminins aux motifs colorés. Mais, en parallèle de cette activité, Michel nourrit déjà une autre passion : depuis une dizaine d’années, il collectionne les artistes pré-impressionnistes et cubistes. La crise du textile français, dans les années 1990, lui offre finalement l’occasion de donner une nouvelle direction à sa vie professionnelle.

UNE SECONDE VIE RUE DE SEINE

En 1998, il ouvre la Galerie Zlotowski au 20, rue de Seine, au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Pour inaugurer cette aventure, il choisit une exposition consacrée à Albert Gleizes. Le parti pris est posé : défendre les artistes cubistes et les avant-gardes abstraites, parfois moins visibles dans le paysage artistique. La galerie développe rapidement une programmation exigeante, accompagnée de catalogues qui contribuent à faire connaître ou redécouvrir des artistes tels que Charles Dufresne, Henri Hayden, Léopold Survage et Georges Valmier. Elle s’intéresse également à Kurt Schwitters et à des figures de l’après-guerre, parmi lesquelles Jean Dubuffet et Simon Hantaï.

L’un des grands engagements de Michel Zlotowski concerne l’œuvre peint de Le Corbusier. Avec Éric Mouchet, qui rejoint la galerie au début des années 2000, il participe à sa redécouverte et lui consacre plusieurs expositions accompagnées de catalogues. Sonia Delaunay, François Morellet ou encore Stéphane Mandelbaum figurent également parmi les artistes mis à l’honneur.

L’ART DU CONTACT

La galerie porte aussi la marque de celui qui l’a fondée. Michel Zlotowski privilégie une structure à taille humaine et des choix qu’il veut avant tout qualitatifs. Il aime les foires, les accrochages, mais surtout la rencontre avec les collectionneurs. Depuis les deux vitrines donnant sur la rue de Seine, il observe les passants, guette les visiteurs et les invite parfois dans son bureau pour leur présenter ses dernières découvertes. Un métier qu’il exerce avec passion, malgré les inquiétudes et les aléas propres au marché de l’art.

Sa famille et ses collaborateurs ont progressivement pris part à cette aventure. Sandrine Lesage, arrivée en 2001, en est aujourd’hui la directrice adjointe. Son fils Yves rejoint la galerie en 2015 et la dirige à ses côtés. Jusqu’à la maladie de Parkinson, qui l’éloigne progressivement des foires et des accrochages à partir de 2025, Michel reste profondément attaché à cette vie de galerie.

Ceux qui l’ont côtoyé se souviendront aussi de son humour, de sa répartie et de son autodérision. Peu loquace, volontiers sceptique, il savait pourtant faire preuve d’une grande générosité et d’un sens profond de l’amitié. Il s’est éteint dans la nuit du 30 au 31 octobre, entouré de ses proches. La galerie qu’il a fondée en 1998 demeure le témoignage d’une passion poursuivie avec constance : faire vivre des œuvres et des artistes auxquels il croyait.