À l’occasion de Paris Photo 2026, la Galerie Anne-Laure Buffard réunit Ilanit Illouz et Vasantha Yogananthan autour de deux territoires extrêmes : les rives asséchées de la mer Morte et les paysages habités du Ladakh. Deux géographies, deux imaginaires et une même volonté de dépasser les limites de l’image photographique.
D’un côté, les profondeurs du désert de Judée, où la mer Morte se retire et laisse derrière elle les traces d’un paysage en mutation. De l’autre, les reliefs du Ladakh, région himalayenne où les montagnes structurent autant les territoires que les croyances et les modes de vie. À première vue, tout oppose ces deux espaces. Pourtant, ils se répondent dans le dialogue proposé par la Galerie Anne-Laure Buffard pour Paris Photo. À travers les séries d’Ilanit Illouz et de Vasantha Yogananthan, le paysage cesse d’être un simple décor : il devient une matière, une mémoire et un espace traversé par les activités humaines.
ILANIT ILLOUZ, L’IMAGE À L’ÉPREUVE DU SOL
Depuis plusieurs années, Ilanit Illouz explore les relations entre les activités humaines, les ressources naturelles et la transformation des paysages. Sa série Les Dolines, réalisée sur les rives de la mer Morte entre 2016 et 2026, s’attache à un territoire fragilisé par l’assèchement accéléré et les interventions humaines sur les ressources en eau. L’apparition de zones d’effondrement révèle l’instabilité d’un sol en perpétuelle transformation.
Mais l’artiste ne se contente pas de documenter ces bouleversements. Elle fait intervenir le paysage dans le processus même de création. Par la collecte, le lavage, l’effacement et la cristallisation, ses tirages subissent une véritable métamorphose. La matière minérale agit sur l’image, dont chaque exemplaire acquiert sa propre texture et sa propre temporalité. La photographie devient ainsi une forme d’archéologie sensible, attentive aux traces laissées par l’exploitation des ressources et à ce qui menace de disparaître.
VASANTHA YOGANANTHAN, HABITER LA MONTAGNE
Chez Vasantha Yogananthan, le déplacement est d’abord celui du regard. Depuis 2022, le photographe travaille au Ladakh, entre villages et villes transformés par le tourisme. Il cherche à s’éloigner d’une représentation spectaculaire de la montagne, héritée notamment de la tradition romantique occidentale, pour la saisir comme un milieu habité. Ici, les paysages ne se contemplent pas à distance : ils sont traversés par des gestes, des croyances, des activités agricoles et des transformations contemporaines.
Sa série Silver Hands, Summer End, développée entre 2022 et 2026, s’inscrit dans cette démarche. Les corps et les gestes photographiés prennent place au sein d’un réseau de relations entre la terre, les bâtiments, les machines et les pratiques quotidiennes. De retour en France, l’artiste retravaille ses tirages aux crayons de couleur. Ces interventions manuelles ne cherchent pas à embellir les images, mais à questionner leur prétendue neutralité documentaire. La couleur apparaît par touches, comme une présence fragile qui prolonge l’expérience du terrain.
DEUX GÉOGRAPHIES, UNE MÊME QUESTION
Entre les cristallisations d’Ilanit Illouz et les rehauts colorés de Vasantha Yogananthan, la photographie se libère de sa fonction strictement documentaire. Les deux artistes interviennent sur leurs images pour en révéler les dimensions invisibles : l’épuisement des ressources, les transformations d’un territoire, la coexistence entre les sociétés humaines et leur environnement.
Le rapprochement fait également émerger deux imaginaires symboliques. La mer Morte convoque une mémoire biblique, entre destruction, conservation et transformation. Le Ladakh, marqué par le bouddhisme himalayen, évoque quant à lui la méditation, le détachement et l’élévation intérieure. Sans effacer leurs différences, ce dialogue invite à regarder autrement les paysages et notre manière de les habiter.
PARIS PHOTO 2026
Grand Palais, Paris
Galerie Anne-Laure Buffard – Stand A48
Du 12 au 15 novembre 2026