Au centre du vaste hall, à côté d’un coursier en terre cuite de l’époque des Han de l’est, le buste d’Henri Cernuschi signé Antonin Carlès accueille le visiteur. Une photo de Nadar et un portrait de Léon Bonnat ont également fixé le visage de ce grand collectionneur, né à Milan en 1821. On lit dans l’Illustrazione italiana datée du 24 mai 1896, année de sa mort, qu’à 27 ans, Cernuschi « menait une vie élégante parmi les nobles et les jeunes les plus chics » de la ville. Son courage se fait remarquer face à l’occupant autrichien. Banquier, économiste, journaliste, Cernuschi aime aussi voyager. Lors de son séjour en 1871-1873 au Japon et en Chine, il acquiert environ 4 000 œuvres d’art. Une fois en France, il fait construire au parc Monceau par l’architecte néerlandais William Bouwens van der Boijen l’hôtel particulier néoclassique qui abrite ses collections.
Elles se concentrent sur quatre pays, Japon, Chine, Corée et Vietnam et évoquent, grâce à des pièces particulièrement représentatives et originales, les fastes des civilisations de ces fascinantes contrées asiatiques. Sept directeurs se sont succédé et ont enrichi progressivement le fonds, grâce à des acquisitions et des donations. Le nombre des pièces possédées dépasse maintenant les 10 000. Des sociétés savantes ont signé des partenariats afin d’élargir le champ des connaissances et d’accroître le rayonnement international de l’institution. Des formations sont proposées afin de pouvoir mieux connaître l’art extrême oriental.
Un grand Bouddha trône au milieu de la salle
La civilisation chinoise est divisée en seize périodes, depuis la culture de Yangshao (5000 – 1700 av. J.-C.) qui se développe au néolithique jusqu’à l’époque contemporaine, incluant les grandes et brillantes dynasties comme celles des Han représentée entre autres objets par un extraordinaire Oiseau phénix, des Tang dont un chameau chargé en céramique trois couleurs proclame l’Age d’or, des Ming à laquelle sont souvent associés les objets en porcelaine à décor bleu et blanc.
Le Japon, au temps de Cernuschi, était presque inconnu en Occident. Ce sont surtout des objets en bronze et des céramiques qui témoignent de la culture locale. Cependant, une pièce monumentale attire le regard. Au milieu de la haute salle qui marque le coeur du musée, réaménagée depuis mais lui conservant à peu près la place qu’il occupait à l’origine, trône impressionnant et majestueux le grand Bouddha, Bouddha Amida, acquis à Tokyo, alors Edo, rapporté par bateau en plusieurs morceaux et remonté aux ateliers fondés par Ferdinand Barbedienne. Il repose sur un élégant piédestal en forme de lotus.
Après un âge d’or, la dynastie de Choson qui s’établit à Séoul en 1392 va durer plusieurs siècles, jusqu’en 1910, date du traité de son annexion par le Japon. La péninsule coréenne, jadis plus grande que le territoire actuel, ayant servi en quelque sorte de pont entre les deux pays et imprégnée par les apports des voisins continentaux sibériens et mongols, a connu malgré cela sa propre floraison artistique, puisant dans les coutumes proprement nationales.
Le savoir immémorial des populations autochtones
Enfin grâce à des campagnes de fouilles menées avant la Seconde Guerre mondiale, les pièces qui constituent les collections vietnamiennes sont essentiellement archéologiques et manifestent tout autant le savoir immémorial des populations autochtones, comme ce plateau de tambour en bronze ouvragé de la culture Dong Son, ou ce petit modèle d’habitation en terre cuite rosée provenant d’une tombe dont la hauteur ne dépasse par 14 cm !
Face à la puissance chinoise qui déferlait sur ce territoire, les soulèvements ont marqué l’histoire du Vietnam et sa volonté d’accroître son indépendance. C’est sous les deux dynasties Ly (1010-1225) et Trân (1225-1400) que le Vietnam a connu sa prospérité économique et sociale. Une petite jarre en grès blanchâtre à couverte vert pâle qui renvoie au céladon et décorée de fleurs de lotus, rappele ainsi que le bouddhisme était alors religion d’état. Les vitrines mettent en valeur l’ampleur et la rareté des pièces de cette collection que la récente politique d’ouverture à la modernité a permis d’élargir aux créations de nouveaux artistes de grande renommée.
Pour contemporaines qu’elles soient, offrant à un degré aussi élevé le raffinement, le parfait achèvement et l’originalité des pièces anciennes, les formes nouvelles qu’ils proposent ne manquent pas de souligner la force du prestigieux héritage dont elles bénéficient. C’est un des enchantements supplémentaires de cette visite.


Musée Cernuschi,
7 avenue Vélasquez, 75008, Paris.
www.cernuschi.paris.fr