L’année 2025 aura été riche en sorties musicales audacieuses et mémorables. Entre retours fracassants et émergences inattendues, la scène musicale mondiale a offert des albums qui ont profondément marqué la rédaction. Des disques qui ont défini l’année, nourri les débats et ont dictés les playlists. Retour sur les 10 albums de l’année 2025 choisis par la rédaction.
Les incontournables de 2025
Son of Spergy – Daniel Caesar :
Son of Spergy est le 4ème album studio de Daniel Caesar. Considéré par beaucoup comme son meilleur projet, l’artiste canadien a atteint le sommet de son art. L’album naît de sa réconciliation avec ses parents où il y explore la masculinité, la foi et ce sentiment trouble de supériorité qui nous habite parfois. Un album introspectif où l’intime rencontre l’universel, Caesar y déploie une palette vocale rare, nous faisant naviguer entre vulnérabilité brute et puissance maîtrisée. Les productions épurées laissent toute la place à l’émotion. C’est un album qui se laisse parcourir avec aisance et devient une conversation nocturne qu’on voudrait voir s’étirer à l’infini, Son of Spergy s’installe et ne nous quitte plus.
Let God Sort Em Out – Clipse :
Le retour de Clipse après 16 ans d’absence est marqué par le très bon album Let God Sort Em Out. Le projet produit par Pharrell Williams voit le duo de frères retrouver l’alchimie qui a fait leur légende. L’album jongle avec la dualité qui les a toujours définis : la violence du passé et la quête de sens du présent. Sur des productions minimalistes et tranchantes, Pusha T et Malice revisitent leur style sans complaisance. Les beats de Pharrell amplifient cette tension permanente entre rédemption et rechute. Un retour qui prouve que le temps ne fait perdre le talent, il l’aiguise.
DND – Yvnnis :
DND, la mixtape d’Yvnnis, s’impose comme un tournant dans le parcours du rappeur. Le projet le voit affiner son écriture et consolider une identité sonore bien à lui. La mixtape navigue entre l’insouciance d’une jeunesse qui refuse de grandir et le poids des désillusions qui finissent toujours par le rattraper. Sur des productions atmosphériques qui collent à la peau, Yvnnis se livre sans fard ni artifice. Les instrumentales planantes amplifient ce va-et-vient permanent entre mélancolie assumée et rage de réussir. Un projet qui rappelle que la mixtape reste l’espace le plus libre, celui où l’on peut encore se permettre d’être brut.
Essex Honey – Blood Orange :
Essex Honey est le premier album studio de Blood Orange, de son vrai nom Dev Hynes, sorti chez RCA Records. Produit en pleine période de deuil et au cœur d’une réflexion profonde sur son enfance, l’album sonne comme une exploration intime du deuil et des racines britanniques de l’artiste. À travers 14 titres, on saisit le rôle crucial de la musique dans sa vie, comment elle le nourri et, surtout, l’apaise. Les retours sont unanimes : Essex Honey s’impose comme l’un des meilleurs albums de l’année. Les productions « parfaites » de Dev Hynes atteignent des sommets, tandis que ses textes touchent par leur profondeur et leur sincérité brute. Un album qui accompagne notre propre quête de résolution et d’acceptation.
DeBÍ TiRAR MáS FOToS – Bad Bunny :
DeBÍ TiRAR MáS FOToS, sorti le 5 janvier 2025, est bien plus qu’un simple album. C’est un hommage autant qu’une dénonciation. À travers 17 titres, Bad Bunny plonge dans l’histoire et l’identité de son île, Porto Rico. Il y aborde la colonisation, le déplacement forcé et l’impact dévastateur du colonialisme américain. Dans le morceau Lo Que Le Pasó A Hawaii, l’artiste exprime sa crainte de voir Porto Rico subir le même sort qu’Hawaï, avec une gentrification qui chasse les habitants locaux. La nostalgie traverse tout le projet, à commencer par son titre. Elle dit l’importance d’immortaliser les moments, mais surtout de les vivre pleinement. Le regret envahit l’artiste quand il pense aux personnes et aux instants qu’il n’a pas assez saisis. Entre reggaeton, salsa, plena et bomba, Bad Bunny signe une véritable lettre d’amour à Porto Rico.
PRETTY DOLLCORPSE – Ptite Soeur, neophron & FEMTOGO
PRETTY DOLLCORPSE, sorti en octobre 2025, est l’un des projets les plus durs mais nécessaire de l’année. Ptite Soeur, FEMTOGO et Neophron y abordent frontalement des sujets importants mais peu évoqué sur la scène rap : les violences sexuelles, la pédocriminalité, la dysphorie de genre, l’homophobie et la transphobie. Sur le titre BACHA BAZI WHISTLEBLOWER, le trio dénonce sans filtre la pédocriminalité dont ils ont eux-mêmes été victimes. Structuré, l’album suit le concept d’iceberg. Entre hyperpop et rage, la douleur devient art et la vulnérabilité se transforme en force. C’est un cri adressé à toutes les victimes, un message d’espoir enrobé dans une rage libératrice. Un album qui dérange mais qui libère.
Hurry Up Tomorrow – The Weeknd
Hurry Up Tomorrow, sorti en janvier 2025, est l’album de la rédemption pour The Weeknd. Sur des productions synthwave signées Mike Dean et Daniel Lopatin, il annonce la mort du personnage hédoniste qui l’a hanté pendant 14 ans. Le morceau d’ouverture Wake Me Up exprime un désespoir profond. Entre confession spirituelle et plaidoyer pour le pardon, comme sur Give Me Mercy où il supplie Dieu de lui accorder une renaissance. The Weeknd dissèque l’emprise toxique de la célébrité. Un album qui prouve qu’après avoir tout possédé, il ne reste plus qu’à retrouver son âme. La fin d’une ère, le début d’une résurrection.
LUX – Rosalía
Lux, sorti en novembre 2025, est l’album de la transcendance pour Rosalía. La chanteuse catalane y explore un arc émotionnel entre mysticisme féminin, transformation et transcendance. Accompagnée du London Symphony Orchestra dirigé par Daníel Bjarnason, elle chante dans 14 langues différentes, s’inspirant de saintes mystiques. Sur des arrangements baroques signés Caroline Shaw et des productions de Noah Goldstein, Rosalía mêle opéra, flamenco et électronique expérimentale. Chaque chanson explore comment différentes langues expriment des émotions universelles. Entre cathédrale sonore et confession intime, Rosalía livre son projet le plus audacieux. Un album qui prouve qu’elle ne craint plus rien et transforme la pop en liturgie contemporaine.
MANIA – Hamza
Mania, sorti comme un manifeste introspectif, marque une étape clé dans l’évolution d’Hamza. L’artiste y expose la frénésie qui accompagne le succès, entre ivresse nocturne et solitude silencieuse. Sur des productions planantes mêlant trap et R&B futuriste, il dissèque son obsession pour la réussite et l’image qu’il projette. Derrière le luxe et l’arrogance assumée, Mania laisse entrevoir une fatigue mentale, presque une saturation émotionnelle. Hamza ne cherche pas la rédemption, mais la maîtrise : celle de son art, de ses excès, de son personnage. Un album où la démesure devient lucidité. Le portrait d’un artiste conscient que la réussite a un prix.
SWAG – Justin Bieber
Swag, l’album surprise de Justin Bieber sorti en juillet 2025, est un portrait intime d’un artiste mature en pleine réinvention, loin de la pop adolescente qui l’a rendu célèbre. Sur des sonorités R&B et pop sophistiquées, il y explore l’amour profond pour sa femme Hailey et sa nouvelle vie de père, tout en abordant ses luttes personnelles avec la santé mentale et la pression médiatique. Les chansons oscillent entre vulnérabilité et assurance, montrant un Bieber qui cherche à retrouver son intégrité artistique après des années dans le système commercial de la musique. Swag n’est donc pas seulement une collection de morceaux, mais une déclaration d’authenticité, de croissance et de liberté personnelle, où il affirme qui il est aujourd’hui, avec ses doutes comme avec ses convictions.
L’année 2025 ne se résume évidemment pas à ces dix albums, aussi marquants soient-ils. Elle a surtout révélé une scène musicale polyvalente, audacieuse et profondément vivante, où chaque artiste semble avoir repoussé ses propres limites. Des projets tout aussi remarquables ont jalonné l’année, à l’image de ceux de Duckwrth, Venna, Joey Bada$$, JID, Aya Nakamura ou encore Guy2Bezbar, chacun apportant sa vision, son langage et son talent. Cette richesse témoigne d’une industrie en constante mutation, où les frontières entre genres, générations et territoires s’effacent. Une année où la musique n’a jamais cessé de raconter, de questionner et de rassembler.