L’œuvre de Marjane Satrapi a traversé les âges tout en devenant un outil de militantisme influent. Ses réalisations sont un symbole d’émancipation, un retour à la liberté qu’elle revendique dans toutes ses actions militantes.
Persepolis, l’histoire de Marjane par Marji
« Moi, Marjane, future prophète » extrait de Persepolis
Marjane Satrapi n’a pas connu « l’ordinaire » comme on le nomme aujourd’hui pendant son enfance. Le simple fait d’évoquer le mot « quotidien » ne serait pas raisonnable. Elle vit dans un Iran marqué par la révolution. Sa famille est assez impliquée contre le régime en place en Iran dans les années 80. Elle se crée alors une identité en rupture avec celle des autres enfants de son âge. Être en rupture, à la marge, c’est ce qui va définir sa vie. La BD nous montre à quel point à chaque étape de sa vie elle s’est retrouvée isolée dans des endroits qu’elle considérait comme chez elle que ce soit en Iran où en Autriche pendant ses études.
Ce récit rétrospectif est aussi une ode à la reconnaissance. Elle ne cherche pas à trouver sa place, elle cherche seulement à ce qu’on reconnaisse son existence. Défendante des droits des femmes, anti-guerre, Marjane Satrapi a toujours souhaité s’exprimer même quand elle n’en avait légalement pas le droit. Elle a souhaité montrer qu’être une femme n’était pas un crime, que la vie ne devait pas avoir de prix. A travers ses bandes dessinées, Marjane nous permet de voir le monde tel qu’il est et de ne pas s’excuser d’y vivre.

« Oui, je suis iranienne et oui, je suis fière de l’être ! » extrait du film Persepolis
Poulet aux prunes, aller simple pour la mort
Nasser Ali Khan souhaite mettre fin à ses jours. Le jour où sa femme détruit son tar, son instrument favori, c’est une fissure qui se crée au fond de lui, fissure qui s’ouvre au fur et à mesure de la lecture. Raconter la mort dans tous ses états, c’est le défi que s’est mis Marjane Satrapi en écrivant cette BD. Nasser n’a plus envie de vivre, ses proches considèrent ça comme une lubie. L’œuvre de Marjane est souvent marquée par une pointe d’humour. Quand on observe le décalage entre la pensée de Nasser et la manière dont son entourage interprète son comportement, on ne peut s’empêcher d’y déceler une banalisation du trouble qui le parcourt.

« On utilise la mort pour rebondir sur la vie » Marjane Satrapi pour Allociné
Au-delà de la volonté de mourir du personnage, c’est sa vie qui est racontée ici. Une vie fragmentée par un chagrin d’amour, qui continue de le torturer dans son présent. Comme le raconte Marjane Satrapi, le titre Poulet aux prunes n’est pas anodin. Ce plat est le seul lien qui le sépare de sa vie actuelle. Le manger est synonyme de se raccrocher à la vie mais il préfère mourir de faim.
Cette BD à la première lecture semble très éloignée de la vie de Marjane, outre le lien qui l’unit au personnage principal. Pour autant, elle la considère comme étant très autobiographique. Elle n’y raconte pas sa vie comme dans Persepolis mais exprime ses sentiments, ses émotions. Le thème de la fin de vie qui s’en détache est pris avec humour car le regard qui y est porté n’est pas adapté. L’histoire nous invite à faire l’introspection du personnage afin de découvrir qu’un simple détail est parfois lourd de sens.
« Tant que je suis vivante, il faut que je vive«
L’œuvre de Marjane Satrapi se caractérise par un besoin de liberté. Pas seulement une liberté individuelle mais une liberté commune qui ne serait pas entravée par les carcans de la société. Marjane a toujours vécu entre deux mondes: l’Europe bercée par les illusions de la mondialisation et l’Iran où l’illusion devient le seul moyen d’échapper à la dure réalité. Ses récits prennent en compte ces deux sociétés car malgré les défauts qui leur sont propres, elles ont forgé son identité et sa patte artistique. Si ses récits ont beaucoup marqué, Marjane a aussi à de nombreuses reprises pris la parole pour défendre ses droits et ceux des autres. Elle laisse derrière elle une image, celle d’une femme en rupture avec ce que la société a toujours souhaité qu’elle soit.