Le Christ au jardin des Oliviers, Eugène Delacroix ©Ville de Paris, COARC/Jean-Marc Moser
Dans l’église Saint-Paul Saint-Louis, à Paris, le visiteur peut découvrir un tableau splendide d’Eugène Delacroix (1798-1863) : Le Christ au jardin des Oliviers. Delacroix achève cette huile sur toile de très grand format en 1827. Il la présente au Salon la même année. Delacroix en reçoit la commande fin 1823 du comte de Chabrol, lequel avait été nommé préfet de la Seine par Napoléon Ier et qui avait été maintenu dans ses fonctions malgré le changement de régime. Dans le cadre du Concordat signé en 1801 par l’Empereur avec le Saint-Siège, il est question de remplir d’images peintes et sculptées les églises de France pillées de leurs trésors pendant la Révolution, et de leur redonner leur splendeur d’antan.
Un artiste déjà connu
Alors âgé de vingt-six ans, l’artiste fait déjà parler de lui au Salon de 1822 avec son tableau, La Barque de Dante (musée du Louvre, Paris), œuvre qui inaugure un style nouveau : l’école romantique. Seulement, le public et la critique ont mal perçu cette audace. Il en est de même au Salon de 1827, où Delacroix fait polémique avec La Mort de Sardanapale, controverse qui éclipse les douze autres tableaux de l’artiste présentés à cette occasion, parmi lesquels Le Christ au jardin des Oliviers. Des témoignages d’époque montrent quelques emportements et enthousiasmes à son sujet, notamment en ce qui concerne le dessin des anges, jugés trop efféminés. L’œuvre ne passe pas inaperçue, même si elle reste aujourd’hui fort méconnue. Cet épisode de l’Évangile n’est pas le premier choix de l’artiste. Le comte de Chabrol lui a refusé le projet d’un Christ devant Pilate.
La scène du Christ priant au jardin des Oliviers apparaît dans tous les évangiles à l’exception de celui de saint Jean. C’est le moment où Jésus a la révélation terrible de sa Passion à venir. Après cette découverte, l’angoisse s’emparant de lui, la tentation de fuir son sort se présente. D’en éloigner l’augure, mais il se reprend en s’adressant à Dieu le Père et en lui demandant que Sa volonté s’accomplisse, et non la sienne. Sitôt ces mots prononcés, un ange arrive du ciel pour lui rendre des forces. Cette présence de l’ange est à relever, car seul Luc la mentionne. Or Delacroix ne représente pas un ange, mais trois. Voilà qui scelle son désir de ne pas faire œuvre d’illustrateur, mais de s’affirmer d’abord au service de la peinture.
Le romantisme anglais
En 1825, Delacroix fait un voyage en Angleterre, qui l’émeut fort. Il revient en France fasciné par la théâtralité de certains sujets romantiques, ainsi qu’en fourmille la littérature britannique – à travers Shakespeare et Walter Scott. Sa volonté s’en trouve affermie de retranscrire une certaine marche tragique de l’Histoire.
Le tableau de Delacroix apparaît comme un roulement, car dans son fond gauche ce qui doit advenir après cet épisode s’introduit par la part ténébreuse de l’œuvre… Les soldats accompagnés de Judas arrivent pour arrêter Jésus. À gauche toujours, mais cette fois au premier plan, les apôtres sont en train de dormir dans une semi-pénombre. Le corps du Christ, déstabilisé, déformé par la souffrance, est imprégné de lumière. Cette lumière qui vient de la droite du tableau et qui frappe doucement les anges dans leur dos. C’est vers elle que Jésus tend la main dans un signe de refus, quand son visage, lui, désigne un sentiment de résignation. Une attitude paradoxale qui accueille plusieurs sens dans la même posture. Quant à la lumière, c’est celle de Dieu le Père.
Influences et références picturales
Delacroix bénéficie de l’ouverture du Louvre qui, depuis 1793, rend possible la contemplation d’œuvres jusque-là inaccessibles. Aussi, son Christ au jardin des Oliviers n’est pas sans rappeler le modelé de certaines figures du Guerchin (que Delacroix cite dans son journal). En voyant ce grand tableau religieux, on n’a aucun mal à penser aujourd’hui à toute l’émotion de l’artiste découvrant l’école espagnole du Siècle d’or. On pourrait évoquer Murillo et Zurbarán en particulier, qu’il a loisir de contempler dans la collection personnelle du maréchal Soult. Dans son journal, il dit encore : « Penser, en faisant mes anges pour le préfet, à ces belles et mystiques figures de femme […] ».
Delacroix n’est pas chrétien, mais il note toutefois le 23 août 1850 dans son volumineux journal : « il n’y a probablement que Dieu, ou qu’un dieu, qui peut ne dire des choses que ce qui doit en être dit ».
Où voir Le Christ au jardin des Oliviers
Paroisse Saint-Paul Saint-Louis,
99, rue Saint-Antoine, Paris.
https://www.spsl.fr/