Borgial

Borgial : Entre reliques et métamorphoses, un art de la transmission

Par Nathan Guillemant | Publié le 28/01/2026

Dans le cadre de l’exposition Forte en Île-de-France s’étant déroulé du 18 novembre au 11 janvier 2026, l’artiste plasticien et performeur Borgial présente un travail sculptural qui hybride traditions africaines et esthétique contemporaine. Entre mémoire et réinvention, son œuvre interroge l’identité et la transmission culturelle à travers le prisme de l’exil. Ses sculptures, travaillées principalement dans le bois, évoquent des vestiges d’un passé réinventé. Elles mêlent références mythologiques et formes contemporaines dans un dialogue constant entre tradition et modernité. 

L’exil comme moteur de création 

Né en Afrique, Borgial a quitté son pays natal très jeune pour la France. Cet éloignement géographique et culturel a profondément façonné sa pratique artistique. « Je n’ai pas choisi de venir ici en France, je n’ai pas choisi d’avoir justement la vie que j’ai. Mais j’ai le choix d’en maîtriser la narration. » 

Cette distance avec ses racines a créé un rapport particulier à la mémoire et à la transmission. « Ma pratique convoque une archéologie imaginaire. Ce sont des éléments vestiges qui n’appartiennent à une temporalité suspendue, rassemblant passé présent et futur. » 

Des reliques réinventées 

Le terme de « relique » revient souvent dans le discours de Borgial. Élevé dans la religion chrétienne, il emprunte ce vocabulaire pour qualifier ses sculptures. Ces objets ne sont pas de simples représentations. Ils portent une charge symbolique forte, héritée des traditions africaines où les objets rituels incarnent bien plus que leur forme matérielle. 

« Dans ces rituels, une lance pouvait symboliser un ancêtre. Une lance posée dans un espace n’aura pas la même résonance selon la culture, et l’œil qui le regarde.  » Cette conscience de la pluralité des regards l’amène à jouer avec les codes. « J’aime 

bien partir de mythes et de traditions existant et pouvoir les interpréter à ma manière. » 

L’hybridation comme philosophie 

Le travail de Borgial se définit par cette confrontation permanente entre traditionnel et contemporain. « À l’essence, il y a toujours quelque chose de profondément traditionnel, qui cherche une manière plus actuelle d’exister, ou d’être représenté. » 

Son processus créatif est profondément intuitif. Les traditions orales et les mythes qu’il a absorbés ressurgissent dans son travail, mais jamais de manière fidèle. « Étant donné mon déplacement, étant donné mon émancipation à la fois culturelle, mais aussi philosophique, spirituelle, elles ont toujours une manière de sortir qui ne sera jamais vraiment fidèle à ce qu’elles sont de base.« 

Cette hybridation n’est pas qu’esthétique, elle est politique. « Ça ne m’intéresse pas de répéter les choses, j’aime vraiment hybrider les choses, assembler les choses. » affirme-t-il. Refusant de se cantonner au patrimoine européen ou africain, il préfère créer des formes nouvelles qui transcendent les catégories établies. 

Le corps comme territoire 

Borgial se définit autant comme artiste plasticien que comme performeur. Le corps occupe une place centrale dans son œuvre, non seulement à travers ses performances où il met son propre corps à l’épreuve, mais aussi dans ses sculptures qui évoquent souvent la figure humaine. 

Ses derniers travaux incluent notamment des bustes moulés qui questionnent la représentation du corps et son statut d’objet sacré. Pour l’artiste, le corps devient un territoire de négociation entre ce qui est subi et ce qui est choisi. « Le corps est le seul territoire qui m’appartient vraiment » explique-t-il. 

Un rythme de création organique 

Contrairement à une pratique quotidienne disciplinée, Borgial fonctionne par cycles. « Je crée plus dans l’urgence ou alors je suis un peu plus en académie. » dit-il. Après l’intensité du projet pour Forte, il est actuellement dans une phase plus calme. « Je reviens à un rythme calme, je me repose, j’essaie de vivre ma vie, parce que c’est à travers les choses que je vis naturellement que je trouve de l’inspiration dans ma pratique. » 

Cette approche organique est essentielle à son processus. « Le besoin de créer est en moi, c’est vraiment une nécessité. L’art, c’est quand même le centre de mon identité« . Un travail à temps plein lui semble incompatible avec cette façon de créer. « Un 35 heures, c’est trop boulot-dodo et ça fait que tu ne vis pas des choses assez variées, assez poignantes pour générer ou régénérer ton art. » 

Après Forte, le temps de la réflexion 

Suite à l’exposition Forte, Borgial entre dans une période de maturation. Pas de projets annoncés immédiatement, mais un temps nécessaire pour « régénérer les histoires » qu’il déploiera prochainement. Cette phase de repos apparent est en réalité un moment crucial de son processus créatif. Le travail de Borgial nous rappelle que l’identité n’est jamais figée. Elle se construit dans le mouvement, l’hybridation et la réinvention permanente des héritages. Ses sculptures, à la fois vestiges et créations neuves, tracent un chemin singulier entre mémoire et futur.