Dès la rentrée, à l’orée de l’automne, Minimal, une exposition incontournable se donne à voir, à la Bourse de Commerce. Une durée à la hauteur de l’importance de ce mouvement qui aura marqué son époque : celle des années 60, jusqu’à présent.
Minimal, structuré par Jessica Morgan directrice de la Dia Foundation, rend visible des œuvres issues de cette Fondation et de grandes collections faisant écho à une fraction de la collection Pinault. C’est ainsi que dans l’espace circulaire du bâtiment, se déploie une centaine d’œuvres. Elles sont les produits du travail de quarante artistes qui, désormais sont l’histoire.
L’ambition de cette exposition est donc de mettre en lumière et en dialogue des travaux majeurs de l’art minimal. Notamment avec ceux d’artistes japonais du mouvement Mono-ha ou l’École des choses, parallèle extrême-oriental du minimal occidental. Afin de rendre encore plus saisissable ce dialogue, Jessica Morgan a pris le parti de se laisser porter par la structure du lieu, composé de plusieurs galeries, et d’y inclure l’incontournable rotonde, le salon, le foyer et la salle des machines, plus les espaces dits interstitiels. Ce qui a pour effet didactique de clarifier en créant un déploiement rythmé comme autant de chapitres et de thématiques au nombre de sept : Lumière, Mono-ha, Équilibre, Surface, Grille, Monochrome, Matérialisme.

© Musée de Wiesbaden

© Flying Studio, Los Angeles
Des artistes fondamentaux
Le visiteur entame alors un parcours qui le mène de la présence emblématique d’une toile noire quotidiennement datée en blanc d’On Kawara à l’installation éphémère de Felix Gonzales-Torres, faite d’une accumulation de bonbons destinés à être mangés par les visiteurs et à disparaître. Deux générations d’artistes et deux productions travaillant sur l’inexorable passage du temps, sur l’interaction et sur la matérialité de l’œuvre. Pourtant, si toutes les œuvres exposées méritent le regard, certaines l’attirent davantage.
Ainsi, plus loin, la Galerie 4 est consacrée à la production de l’emblématique Agnès Martin, à sa géométrie répétitive, comme celle de la musique sérielle, basée sur la ligne et ses variations. Impossible à ce moment-là de ne pas penser à la pensée magistrale de Rosalind Krauss et à ses écrits sur l’importance de la Grille comme forme et concept, pour les artistes peintres et sculpteurs de cet art minimal visant à l’économie des moyens et faisant sienne la devise de Mies van der Rohe, less is more.
La Galerie 3 dévoile le mouvement japonais Mono-ha dont Lee U-Fan a fait partie. S’inspirant de la théorie de la perception, Mono-ha souligne la relation matière/forme, joue sur la diversité des processus et des matériaux dont l’espace, le son, le papier, le bronze, l’installation, pour couper court à toute expression subjective.

Incontournable
La traversée continue et l’on (re)découvre Eva Hesse et Blinky Palermo, deux étoiles filantes si tôt disparues, mais aussi Robert Ryman et ses monochromes sous-tendus par l’obsédante grille, le géant Richard Serra, Donal Judd et Bernd Lohaus mais aussi Brice Marden et ses colorfield paintings. Et bien-sûr Nancy Holt et Walter de Maria pour le Land Art ou encore François Morellet, Keith Sonnier et le grand Dan Flavin aux néons blancs ou colorés, vecteurs de lumière et d’énergie. Sans oublier tous les autres, découverts à cette occasion.
À nouveau, comme la présentation de l’Arte Povera, une exposition compilation que l’on ne peut qu’estimer. Mais surtout : un mouvement où radicalité, protocole, matière, objet, interaction, espace, continuent de faire sens.
« Minimal ».
Bourse de Commerce-Pinault Collection.
Du 8 octobre 2025 au 18 janvier 2026.
www.pinaultcollection.com/fr/boursedecommerce