Le poète René Char écrit à propos du Prisonnier, tableau renommé par la suite Job raillé par sa femme (1630) : « C’est une œuvre qui serre le cœur mais combien désaltère ». Des mots qui conviennent à toutes les peintures de Georges de La Tour tant elles offrent saisissement et enchantement unis dans chacune d’entre elles.
Quel que soit les sujets qu’il aborde, La Tour fait preuve d’un sens esthétique si personnel que ses saints, ses valets et ses joueurs émeuvent toujours. Les yeux, les gestes, les vêtements, les couleurs, l’environnement… Rien qui ne concoure à exprimer une profondeur et une densité intérieure que le peintre lorrain rend avec virtuosité. Bien qu’économisant les effets, son pinceau garde la même éloquence dans le volet profane et diurne. Comme dans la partie sacrée et nocturne. Soulignant la cohérence de l’œuvre, Elie Faure notait qu’« elle fait bloc. Comme chez tous les véritables maîtres rien ne s’effondre, l’esprit et la matière se pénètrent l’un l’autre. »
L’unité visuelle vient d’abord de la lumière entrant tantôt à l’oblique d’une source extérieure invisible. Tantôt naissant de la flamme d’une torche ou d’une bougie tenues à la main ou encore d’une lanterne. En plus de les éclairer, cette lumière enveloppe de douceur les êtres et les objets. Ensuite des fonds sombres sur lesquels ceux-ci se détachent. Puis de la sobriété des coloris exigeant en contrepartie un emploi des contrastes ajustés jusqu’aux détails pour que l’ensemble séduise. Enfin des cadrages rapprochés qui font pénétrer le spectateur dans les lieux à l’instant précis où l’action atteint son intensité maximum et par là dans l’intimité de ses acteurs.
Oublié pendant deux siècles
Très apprécié de son vivant, Georges de La Tour a été oublié pendant plus de deux siècles. Il réapparaît à partir des années 1920 à la suite des travaux de l’historien d’art allemand Hermann Voss. Depuis, la renommée de l’artiste est devenue universelle. Ses quelques quarante tableaux authentifiés sont tous jugés comme autant de chefs d’œuvres. La découverte de copies de qualité ou d’œuvres d’atelier ont contribué à mieux connaitre sa vie sans lever nombre d’interrogations.
Au long d’un parcours thématique réparti en huit salles, l’exposition invite le visiteur à partager l’émerveillement silencieux des deux femmes dans Le Nouveau-Né (1647), à saluer la rusticité vêtue de dignité du Vielleur au chien (1620), à s’attendrir en voyant couler Les Larmes de saint Pierre (1645). Il s’incline devant le retrait total du monde de Marie-Madeleine, thème auquel La Tour a consacré plusieurs versions, variant les modalités du dénuement de la pénitente.
Appartenant à une série de douze portraits, les visages des apôtres sont peints avec une gravité que le registre étroit des couleurs employées renforce. Pour Saint Philippe (vers 1620), La Tour se limite à trois tons, pour sa ceinture torsadée le blanc, pour sa cape le brun et pour son gilet le rouge, la couleur qui domine toute sa peinture et rend la rend si reconnaissable.

vers 1635-1640. Huile sur toile 113 x 92,7 cm.
© Courtesy National Gallery of Art,Washington

Job raillé par sa femme,
vers 1630. Huile sur toile, 147,5 x 97 cm.
© Musée départemental d’art ancien et contemporain, Épinal, cliché Claude Philippot
Le clair-obscur en majesté
Expert comme personne du clair-obscur qui s’est répandu en Europe après la Renaissance et qui est propice à de prodigieux traitements de couleurs et de nuances, La Tour célèbre sans jamais les dramatiser les alliances de la lumière et de la pénombre, son contraire. Il humanise les ténèbres, mieux, il les sacralise.

© Rennes, Musée des beaux-art
« Georges de La Tour, entre ombre et lumière »
Musée Jacquemart-André
Jusqu’au 25 janvier 2026
https://www.musee-jacquemart-andre.com