Depuis les années cinquante, il est impossible de ne pas citer Pierre Soulages (1919-2022) parmi les grands peintres français de son temps. Le musée du Luxembourg, à Paris, lui rend hommage en présentant des œuvres sur papier, certaines totalement inédites.
Dans un parcours chronologique allant de 1946 à 2004, année où l’artiste a cessé de peindre sur du papier, c’est tout un pan de l’œuvre qui est fouillé. Il ne s’agit pas de la partie la plus connue. Il ne s’agit pas non plus de dessins, mais de véritables peintures sur papier. Le visiteur y sera familier avec les techniques qui ont constitué la « marque de fabrique » du peintre : le brou de noix, la gouache, le fusain ou l’encre. Il a peint sur du papier pour des raisons économiques, à l’origine… Mais la sagesse de cette matière l’a rapidement séduit, tout comme ce qu’elle nous enseigne de fragilité et de tendreté par rapport au monde qui nous entoure.
Pas de hiérarchie, seulement des préférences
Pour Soulages, il n’y avait pas de hiérarchie entre ses différentes méthodes, seulement des préférences. Si l’on veut regarder d’un point de vue purement statistique l’ensemble de son travail, il a peint quelque mille sept cents peintures sur toile et près de huit cents peintures sur papier. Autant dire que les œuvres sur papier ne sont pas une part négligeable. L’exposition en compte cent trente ! C’est déjà un beau panorama que de se hisser du haut de ces cent trente et de voir l’avidité qui les a fondées. L’artiste le dit lui-même : « Par impatience, un jour, dans un mouvement d’humeur […], je me suis jeté sur le papier ».

Rodez Donation de Pierre et Colette Soulages en 2005.
© Adagp, Paris, 2025.
© Photo Musée Soulages/Christian Bousquet.

© Adagp, Paris, 2025 Musée du Luxembourg.
Avant 1946, pendant la guerre, Soulages est un adolescent qui peint les paysages des Causses du Rouergue. Il est admis aux Beaux-Arts de Paris mais refuse d’y aller. Son intuition lui dit que l’enseignement qui y est délivré ne va pas laisser assez de place à son envie. Or, il a une soif de création pure. En 1942, tout à fait par hasard, il tombe sur une revue de propagande allemande diffusée en France. Notamment sur un article visant à dire le plus grand mal de l’art qualifié de « dégénéré ». C’est l’un de ses premiers contacts avec l’art moderne. Il est cocasse de voir que la propagande nazie, avec tout le mal qu’elle s’est donné, a eu l’effet inverse de ce qu’elle voulait obtenir.
Un peintre établi
Pierre Soulages devient un peintre établi avec l’exposition collective de peinture abstraite française circulant dans les musées allemands (Stuttgart, Munich, Düsseldorf, Hanovre, Francfort, Wuppertal, Kassel) de la fin de 1948 au début de 1949. L’une de ses œuvres figure sur l’affiche de l’exposition, qui connait un vif succès. Une partie de l’exposition au musée du Luxembourg souligne cette exposition d’anthologie en présentant l’affiche de ladite exposition, le catalogue, la liste des œuvres exposées, ainsi que des extraits de la correspondance de l’artiste de cette époque-là. Comme un retour dans le temps.


« Soulages, une autre lumière ».
Musée du Luxembourg, Paris.
Du 17 septembre 2025 au 11 janvier 2026.
https://museeduluxembourg.fr/