En octobre dernier, sortait le projet “Père, Pardonne moi” de Brother Dave, de son vrai nom David Okitakula. Un projet aux sonorités country rock qui détonne dans un univers gospel francophone, assez réfractaire au style. Pourtant, Brother Dave tente l’essai… Et le transforme avec brio, tant le projet est solide et spatial. Retour sur un projet qui va, sans nul doute, bouleverser les codes du genre en Francophonie.
Un projet plein de miséricorde
Le projet aurait pu passer inaperçu et se noyer dans la cascade de projets de l’artiste belge de 25 ans. En effet, le rappeur fait preuve d’une productivité folle depuis 2021. Pour restituer un peu le contexte : après sa conversion au christianisme en 2020, celui qui s’appelait encore David Okit fait le choix de “christo-centrer” sa musique et son univers. De ce choix naîtront plus de 16 projets depuis 2021 ! Une cadence folle que l’artiste fait partager avec son public, mais surtout un consortium d’artistes autour de lui. Il fait également le pari de créer le collectif “Fast Food Music Christ”. Un collectif et un label au style affirmé et au son désormais reconnaissable. Car oui, si David Okit excelle devant le micro, c’est derrière les boutons de mixage que le public a pu découvrir une nouvelle facette de sa large palette musicale.
Gaillard Jules, Adam Dtp, Drulo, M-Kay, Krista Marguerite, St Pablo, Warrigal : autant d’artistes que l’on a pu voir passer dans les projets de la FFMC. Comme projets notables, on peut citer le méga projet “Bienvenue chez les Underdogs” sorti en 2022, “Drill On God” sorti en 2021, “Un pour tous, tous pour rien” sorti en 2022.
Le projet “Père, Pardonne moi” détonne tout d’abord pour son message. D’ordinaire, le message de Brother Dave est empreint de reconnaissance et de joie envers le Christ. Cette fois-ci, cela diffère, car l’on sent beaucoup plus un message de miséricorde, de repentance, de pardon, et de questionnement constant. On sent sur ce projet une plus grande vulnérabilité de la part du belgo-congolais. Dans le morceau Aime Moi Dieu, il dit par exemple : « Je me considère comme étant nul. » ou encore « j’aimerai que ce soit l’Esprit (le Saint-Esprit) qui chante, moi je suis là juste que pour faire les backs » témoignant une volonté du rappeur de ne plus se laisser disperser dans son message et d’être totalement focus sur Christ.
Un style encore trop stigmatisé dans la Francophonie
Généralement, quand on entend “gospel” dans la francophonie, on entend de la batterie pour une rythmique type seben ou encore de la guitare acoustique pour une rythmique qui s’approche de la variété. La guitare électrique du rock ne se laisse pas (ou peu) entendre dans les projets.
Pourtant, l’erreur serait de croire que des styles comme la country ou le rock ne pourraient pas servir un message christo-centrique. Aux Etats-Unis, la sœur Rosetta Tharpe dans les années 1950, mêlait des paroles ampli de foi sur des rifs de guitare rock endiab… en Christ :). Comme le témoigne le morceau Up Above My Head. La country, elle, a connu ses plus belles heures quand les textes parlaient du Christ : le style puise sa source du Sud des Etats-Unis et de la Negro Gospel. Plus tard, dans les années 60, des artistes comme Johnny Cash ou encore le King Elvis Presley enregistreront beaucoup d’albums à caractère chrétien. Pour l’anecdote, le seul Grammy Award que gagnera Presley sera grâce à un album chrétien.

La country et le rock sont deux styles ayant leurs racines profondément ancrés dans les textes bibliques. Alors quand un artiste comme Brother Dave, bien décidé à détruire toutes les barrières, décide d’utiliser ce style sur tout un album, le message et le caractère prennent une autre dimension. Sur les morceaux « Who I am », « j’savais pas qui j’étais », ou encore « Je n’ai trouvé personne comme toi », la guitariste Précieuse Mukoka fait un travail titanesque à la gratte et la qualité de l’album rend un profond hommage à son travail.
Pour la petite histoire, David Okit prédisait déjà de faire du Rock dans le morceau “Belek” sorti en 2020.
Who I am : une chanson plus précieuse que l’or
La chanson nécessite plusieurs écoutes pour réellement la comprendre, mais dès la première écoute, on se prend une claque. Si le son devait être un verset, ce serait le Romains 8:26, car intervient lors de la fin du morceau, non plus Dave, mais des soupirs indéchiffrables. Comme une envie de laisser la guitare et la prod’ faire parler l’Esprit.
Sur cette ballade, la guitariste Précieuse Mukoka ne laisse plus parler ses doigts, mais son cœur. Brother Dave se demande tout au long de la chanson se demande qui il est, sa place dans le monde, sa vraie mission et le fait qu’il soit souvent faillible. Dave demande au fil de la chanson que le Seigneur puisse lui pardonner ses fautes et ses manquements. Mais on se rend compte que l’artiste exprime le ressenti de nombre de personnes qui se sentent perdues dans leurs marches et dans leurs cheminements.
À coup sûr, ce morceau, au-delà de la rythmique, va consoler un grand nombre. L’album, lui, est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement.